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VERTIGE 1954
Collection Interdit aux Jeunes Filles n°4
Je n'ai rien contre les femmes sans homme. Chacun est libre. Que leur sensualité soit déviée, peu m'importe. Les unes le doivent, dit-on, à l'exigence sexuelle d'hommes brutaux et vulgaires auxquelles elles ont été livrées vierges, d'autres à une conformation physique qui ne trouve pas le plaisir dans les lois naturelles du couple, d'autres encore dans la peur des conséquences... Je n'ai rien contre ces femmes, je le répète. Elles ont des grâces touchantes, des attitudes alanguies, des tendresses délicates, des attentes à la fois silencieuses et avides. Leurs bras tressent autour de l'aimée des guirlandes de volupté. Elles sont déchirement, passion, blessure, jalousie et par dessus tout faiblesse. Parce qu'elles sont tendresse, elles savent consoler. Parce qu'elles sont exclusives, elles savent souffrir. Le mystère habite en elles, avec des contrastes qui y opposent la résignation à la révolte, une secrète mélancolie à une secrète avidité. Désirs et sentiments se mêlent à ce point que ce sont leurs âmes qui se joignent dans la rencontre suprême de leur corps.
(Page 108)
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DUO POUR FEMMES 1957
Ces femmes qu'on dit lesbiennes avaient depuis longtemps attiré ma curiosité de romancier - une curiosité un peu perverse, il faut le dire. Mais je n'imaginais pas que l'une d'elle m'offrirait le spectacle rare d'entrer en lutte avec l'homme, cet ennemi, à tout le moins, cet étranger, pour la possession d'une autre femme qu'ils convoitaient tous les deux, lui, avec la violence de son sexe; elle, avec ces moyens étranges des étranges amours féminines. Deux femmes et l'homme, cloués sur les pointes d'un triangle passionnel : trois êtres, trois désirs, trois corps. En tout, trois sexes et trois romans. Chacun dira le sien.
(premières lignes)
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En bon petit stakanov de la jarretelle, René roques ne pouvait se dérober à cette figure imposée que l'on pourrait appeler le roman “à lesbiennes”. Le principe en est simple : un homme et une femme convoitent la même femme. Dans Vertige (qui est la suite de Viol) le vainqueur du duel est l'homme. Dans Duo pour Femmes, c'est sa rivale qui l'emporte.
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